Qu’attendre de la présidence Suédoise de l’Union Européenne?
La Suède assure la direction de l’Union Européenne pour 6 mois. Elle hérite d’un ordre du jour particulièrement chargé (référendum Irlandais sur le traité de Lisbonne, gestion des suites de la crise financière, préparation du sommet de Copenhague sur le climat, …) à tel point que l’on peut se demander s’il lui sera possible d’assurer un leadership véritable, au-delà d’un simple rôle d’arbitre et de passeur de balle entre les 27 protagonistes?
Cette question n’est pas sans importance pour la Suède. Dans la conscience collective des Européens, chaque pays occupe une place particulière en raison du rayonnement propre qu’il exerce à l’extérieur de ses frontières. Il génère ainsi, pour le meilleur ou pour le pire, des attentes spécifiques. Les grands pays sont forcément plus présents sur la scène internationale, mais les pays moins peuplés peuvent également avoir une identité bien spécifique.
La France, qui occupait, il y a un an le fauteuil de la Suède, n’a pas dérogé à la règle. Ainsi, lors de la crise géorgienne, ce n’est pas uniquement parce que l’UE avait un président qu’elle a pu se faire entendre, c’est aussi et surtout parce que le président en exercice de l’époque, Nicolas Sarkozy, a agit pour défendre la position européenne, comme lui et ses prédécesseurs ont l’habitude de le faire quand ils défendent la position française à l’international, à savoir, avec la certitude de la légitimité de l’action que confère le sentiment de parler au nom d’une grande puissance avec en plus une vocation universelle. Volontarisme, fondé plus un souci d’action rapide et fort que sur une perspective de consultations et de recherche d’unité, ambition, arrogance parfois irritante, la France a « signé » sa présidence et à sans doute, malgré un bilan contrasté, fait avancer l’UE, précisément sur le plan de la « puissance » diplomatique.
Quand est-il alors de la signature de la Suède?
Que les Suédois en aient conscience ou non, la Suède est elle aussi attendue par les Européens. Par « européens », nous pensons ici non pas aux gouvernements, mais aux peuples et aux citoyens des différents pays. L’union Européenne souffre d’un déficit de démocratie. Elle est perçue comme lointaine, technocratique, loin de réalités du quotidien. Gouverné par des élites isolées et bien rémunérés ; C’est sans doute une des raisons du désintérêt profond actuel vis-à-vis du projet européen.
Par comparaison, la démocratie, telle qu’elle est effectivement vécue et pratiquée en Suède, est depuis des décennies une source profonde d’inspiration dans de nombreux pays d’Europe. À titre d’exemple, au cours de la dernière présidentielle Française, la Suède (et son fameux « modèle), à égalité avec les USA à été le pays le plus souvent cité dans les études, discours, programmes électoraux des candidats toutes couleurs politiques confondues.
C’est en particulier l’intelligence démocratique de la société suédoise qui a soulevé le plus d’intérêt, à savoir les valeurs et pratiques de transparence, d’écoute et de respect qui président aux relations entre la puissance publique et le citoyens suédois : qu’il s’agisse de choisir un site d’enfouissement de déchets nucléaires ou plus banalement de résoudre un différend avec son organisme de sécurité sociale, l’approche suédoise se singularisera toujours par la maturité du dialogue, le respect des points de vue chacun et la volonté de trouver des solutions réellement concertées. La recherche d’un consensus est profondément ancrée dans la conscience collective et formalisée dans la vie par des règles et des lois. En France, le citoyen est à bien des égards encore soumis à l’arbitraire et au bon vouloir de la puissance publique. La situation est sans doute encore bien pire dans d’autres nations européennes.
Il nous semble que sur ces sujets, l’approche Suédoise peut représenter une force de transformation remarquable. À titre d’exemple, elle pourrait au cours de sa présidence se donner comme ambition de faire un pas de plus à la culture de la transparence en Europe, à commencer bien sur par celle de l’Union Européenne et de se s institutions bruxelloises : renforcement de la transparence dans les débats, les processus de décisions, clarification des pratiques de gestion des administrations européenne. Elle pourrait aussi favoriser l’émergence d’un momentum visant à renforcer demain, à travers les législations européennes à venir, les droits et prérogatives des citoyens dans leurs relations avec les systèmes administratifs et judiciaires.
Comme pour chacune des présidences européennes qui se sont succédées, il y aura de toute façon, au final, bel et bien un agenda Suédois, c'est-à-dire une perspective unique sur le projet européen dont la Suède, en raison de sa subjectivité propre, de sa Weltanschauung, est porteuse. D’une façon paradoxale, la Suède a besoin de faire avancer ses idées sur le consensus et la concertation avec force et leadership. Une recherche d’unité peut facilement être perçue comme une faiblesse par ceux qui n’ont pas l’expérience et la culture de cette forme de gouvernance et qui ne la comprendront pas. Toute la question est de savoir si cet agenda sera assumé en conscience. C’est en effet à ce prix qu’une approche s’appuyant sur l’écoute des partenaires et la recherche de consensus- – sera réellement perçue dans toute sa puissance et sa capacité à faire avancer les choses et non pas comme l’expression d’un leadership insuffisamment déterminé. Trop démocratique pour faire avancer même ses propres idées.
Pierre Forthomme, Forthomme & Associés
Anders Fogelström, ICIMA



